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Enigmes à Saint-Martin-de-Londres (1) Extrait du Bulletin intercommunal n°3, Communauté de communes " Entre Séranne et Pic Saint-Loup ", juillet 2002 Quel sens donner aux gravures concentriques de la dalle du puits-citerne situé au chevet de l’église, aux bas-reliefs sculptés sur les panneaux de la chaire (2) ? Pourquoi une rue se nommait-elle La Catarié, interrogeait de son côté l’abbé Capman ? Quid de Berangarius de Turre, à l’évidence important prieur ainsi que l’atteste son blason méconnu, serti de plomb avec sa dédicace, gravés sur la pierre tombale (3) ? Celle-ci, extraite du parterre de l'église, a été insérée à gauche du porche ? Comment Saint-Martin-de-Londres se serait-il constitué (4) ? Si la présence de l’eau a, selon toute vraissemblance, dû déterminer une occupation précoce dès les temps préhistoriques, le site allait sans doute rester à l’écart des tracés antiques attestés quant à eux au pied du Pic Saint-Loup. Toutefois, deux facteurs sont à prendre en considération pour comprendre son développement. Le premier est son accessibilité du fait de la proximité du croisement d’une ancienne route nord-sud reliant le littoral aux Cévennes, ancienne draille par ailleurs, avec un axe est-ouest (dit voie de Vieille Toulouse à l’époque romaine) cheminant sur la probable ligne de partage des Francs et des Wisigoths dès la fin de l’Antiquité. Le second serait lié à un regroupement volontaire des habitants des alentours au milieu du Moyen Age. Aggloméré autour d’un hameau portant le nom de saint Martin, le village s’est bien développé autour de son claustre, zone de protection spirituelle qui semble être à l’origine des habitats médiévaux. Après s’être affirmé dès la fin de l’époque romaine, donné pour un rayon de trente pas selon les conciles de Tolède en 681 et de Latran en 1059, le claustre nous est parvenu ici intact, protégé par les murailles édifiées sur son contour pour en faire le " vieux fort " au XIIe siècle. Pourquoi une église si belle et si originale dédiée à saint Martin ? S’il a été prouvé qu’une église (probablement plus petite que l’actuelle, dédiée à saint Martin, mais de date de construction inconnue), existait avant celle-ci (4), la révision des textes anciens tendrait à prouver que l’église paroissiale actuelle aurait été érigée par les moines de l’abbaye de Gellone au XIe s. (vers 10255 ou 1088). Le prieuré - propriété de l’abbaye - devant accueillir un fragment de la Vraie Croix (6), aurait été conçu comme un vaste reliquaire (5). D’où le soin apporté à sa construction, le plan tréflé si caractéristique, la coupole et les divers élements sculptés, tous si rares dans notre région. En toute logique, le patron titulaire aurait donc dû être la Croix, le Sauveur, le saint Sépulcre… Il se peut que des enjeux de pouvoir entre seigneurs et ecclésiastiques aient empêché le dépôt de l’esquille de la précieuse relique avant la fin de la construction de l’édifice (5). N’ayant pu être déposée dans l’église, cette dernière aurait dû conserver son vocable de saint Martin. Ce ne serait que bien plus tard, au milieu XIIIe siècle, que les moines, devenus seigneurs de Saint-Martin-de-Londres, auraient pu apporter leur trésor dans l’église. Une étude de la croix reliquaire actuelle et de futurs travaux de recherche permettront probablement de nous éclairer sur cette période encore obscure de l’histoire du village. Philippe Troncin / Sylvie L'Hostis - Office de tourisme VLVB (1) Pour une histoire du village : Histoire du Pays de Londres, Abbé Emile Bougette, 1909, Réédition du Foyer rural, 1991. (2) Sur la chaire : Atlantis n° 256, Jacques Duchaussoy, 1970, p. 218-223. (3) Sur la pierre tombale : La Pierre tombale de Béranger de la Tour…, Philippe Troncin, à paraître. (4) Apport de l’archéologie et l’histoire de l’église romane à Saint-Martin-de-Londres (Hérault), Philippe Troncin, Etudes héraultaises 26-27, 1995-1996, p.39-64. (5) Aniane et Gellone, du Carolingien au roman (VIIIe-XIIe siècles) - Approche architecturale et historique renouvelée d’un faciès monastique septimanien, Richard Bavoillot-Laussade, thèse d’Etat en cours. (6) Un fragment de la Vraie Croix aurait été donné à Guilhem par Charlemagne lorsque le comte s’est retiré dans le val de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert) pour y fonder un monastère en 804. |
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